Situation territoriale :

À l’époque de la conquête, la couronne d’Espagne reconnaissait, par différents traités, au peuple Mapuche, un territoire de 10 millions d’hectares, délimité au nord par le fleuve Bio-Bio. En 1810, ce territoire est annexé à la République Chilienne. Le droit Mapuche ne comprenant pas de gestion administrative des terres, les communautés n’ont pas de titre de propriété. Cette situation juridique permet le déploiement des forces armées dans la région Mapuche et sa colonisation à des fins économiques. Cette colonisation gouvernementale, appelé « Guerre de Pacification de l’Araucanie », se résout à un génocide de la population mapuche. Les premiers titres de propriétés sont pour autant distribués alors à certaines communautés, espérant ainsi faire taire les revendications et cantonnant dans le même temps les communautés sur des réserves minuscules. La réforme agraire du gouvernement de Salvador Allende (1970- 1973), tente de redistribuer plus équitablement les terres, mais subsumant la particularité culturelle sous l’unité sociale, la spécificité cultuelle du lien des Mapuche au territoire n’est pas prise en compte. La contre-réforme de la dictature de Pinochet met fin à toute redistribution et vend le territoire mapuche aux entreprises forestières et hydroélectriques. La terre passe donc définitivement aux mains du domaine privé. Certaines communautés, après avoir épuisé les recours juridiques, entreprennent alors physiquement des récupérations de terre.

Situation juridique :

Face à la privatisation et à l’exploitation de leur territoire, et confrontées à la paupérisation, les communautés mapuches procèdent, après la chute de la dictature de Pinochet vers la fins des années 90, à des recours en justice pour faire reconnaître leurs droits. Aucun de ces recours n’aboutit à une solution définitive. Une législation spécifique aux communautés indigènes est votée en 1993, (sous le gouvernement de P.Alwin) laquelle n’aboutit ni à la reconnaissance de l’organisation communautaire, ni aux demandes territoriales. Une mobilisation autonome et pacifique des communautés prend alors corps et tente d’interpeller l’opinion publique et les médias. Cette mobilisation est durement réprimée par les forces de l’ordre. Accompagnant ce mouvement répressif, les entreprises forestières saisissent la justice et obtiennent, à l’encontre des Mapuche, l’application des lois Anti-terroriste 18.314 et de Sécurité Intérieure de l'état 19.927 inscrites dans la constitution par la dictature militaire. L’emploi discriminatoire de ce cadre juridique d’exception permet la tenue de procès non équitables, enfreignant le droit à la défense (emploi de témoins cagoulés, mise sur écoute des avocats de la défense, garde à vue et période d’isolement prolongée, etc.) et excluent les inculpés mapuches de tout recours au droit civil. Ces lois, qui n'avaient pas été appliquées depuis la fin de la dictature pinochetiste, sont employées depuis 1997 exclusivement contre les Mapuches, permettant de pénaliser abusivement certains actes d'expression culturelle et politique dont la liberté est garantie par la déclaration universelle des droits de l'homme. Ces procès qui se déroulent depuis l’été 2003, ont déjà permis la prononciation à l’encontre de porte-paroles ou de dirigeants traditionnels mapuches de peines d’emprisonnement «exemplaires» allant de dix à vingt ans de prison. Onze Mapuche ont déjà été incarcérés dans des prisons d'état. Une centaine est sous liberté conditionnelle, d'autres sont assignés à résidence après le paiement de très lourdes cautions par leurs familles, d’autres encore sont contraints à la clandestinité.

Situation constitutionnelle :

En1641, le peuple Mapuche est reconnu par la couronne Espagnole comme Nation indépendante. La constitution de 1810 proclame la République chilienne « une et indivisible », subsumant ainsi toutes les populations autochtones résidant sur le territoire à la citoyenneté chilienne, sans aucune reconnaissance spécifique. Le Chili est un des rares pays de l'Amérique latine à ne pas avoir signé l’article n° 169 de l’OIT statuant du droit à la liberté et à l’autodétermination des peuples indigènes. A la différence de l’Argentine, l’organisation communautaire n’est pas reconnue par la constitution chilienne, ce qui permet au gouvernement actuel de condamner la mobilisation mapuche pour « association illicite et terroriste ».

Reconnaissance historique et liberté culturelle :

Absents de l’histoire officielle pendant longtemps, le peuple Mapuche accède aujourd’hui, ça et là, à la reconnaissance de sa spécificité culturelle. La culture Mapuche est cependant largement considérée au Chili comme un objet d’histoire et de musée et cette reconnaissance ne mène nullement à la prise en compte des revendications actuelles des communautés. Les expropriations et délocalisations mises en place par le gouvernement ne reconnaissent aucune priorité ni autorité à la cosmologie et à la dimension cultuelle et rituelle de la culture mapuche, pourtant actuellement encore très vivante et nécessaire à leur intégrité. Un barrage hydroélectrique, édifié sur un territoire communautaire, est ainsi en train de noyer sous des mètres d’eau, des lieux de culte et de sépulture mapuches. Les lois de la propriété privée empêchent les communautés d’accéder à leurs lieux de cérémonie, leur refusant ainsi la tenue de rites ancestraux, lesquels relèvent d’une importance capitale pour la cohésion sociale des communautés. Plus généralement, la culture mapuche est bafouée par le refus des entreprises et des institutions de prendre en compte son élément essentiel : son lien à la terre, Mapu signifiant Terre en mapudungun (langue mapuche) et Mapuche, les gens de la Terre. De plus, l’ensemble des médias nationaux (influencé par les intérêts des dirigeants des grands groupes de Presse chiliens) n’a de cesse de marginaliser l’actualité du peuple Mapuche (quand il ne s’agit pas tout simplement d’un traitement partial et racial de l’information). Ils stigmatisent la plupart du temps la criminalisation de la mobilisation mapuche sans droit de réponse, leur refusant ainsi le droit à la parole et l’accès à l’espace public.|/post/2008/05/23/INVITATION]